A peine le temps d’émerger d’un sommeil, trop court, que déjà me voici dehors à lutter contre le vent. Incroyable ce que les minutes défilent le matin. La morsure du froid se fait rude et s’occupe de dissiper mes derniers lambeaux de rêves.
Autour de moi, tout est calme.
Le silence est à peine brisé par les pleurs d’un enfant ou le bruit de mes pas. Pourtant je sais que bientôt le vacarme de la ville rattrapera cette rue. J’aime l’odeur du matin. Particulièrement l’hiver lorsque la nuit s’éternise.
Je passe sous un échafaudage baché et blanc de plâtre où des ouvriers s’affairent. Comme chaque jour, je cherche à deviner quelle langue ils parlent et quel est le sujet de leur conversation. Le cheminement de mes pensées est stoppé net par une voiture roulant à toute allure qui manque de m’écraser.
Derrière le feu rouge, une rangée de voitures fumantes et hurlantes. Les conducteurs, accrochés à leurs volants, ont les pieds sur l’accélérateur, prêt à klaxonner rageusement si je ne me presse pas de traverser la route. Enfin … j’arrive en vue de la fontaine.
La fontaine, en elle même, est assez laide mais j’aime sa forme de visage boudeur. C’est comme une vieille amie.

La tête encore brouillée de rêves, à peine le temps de comprendre, il faut y aller. Seule dans l’ascenseur … Dehors, il fait froid mais le soleil crée de bons effets. Je marche après avoir quitté L’Espoir, au bout de la rue, la maison « graffée » me redonnes le sourire.


L’éboueur, toujours au même endroit à la même heure. Il exhibe ses trouvailles, son tas de ferrailles. Portes- clés, peluches, comme des petits trésors. Malgrès ce travail qui lui donne l’air las, il chantonne.
Plus loin, un homme pressé glisse vite dans sa voiture. Une mère a, au bout des mains, deux p’ tits avec

leurs cartables sur le dos, deux p’tits qui ne comprennent pas pourquoi leur maman va si vite, si tôt.
Des individus déjà fatigués … De quoi ? De tout ? De la vie ? De la ville ?
En face près du pressing aux lumières blafardes, le barbu… Encore une rue et j’suis à la fontaine. Un vieil homme marche, la douleur le tiraille. Sa démarche saccadée et maladroite.
J’attends Elena, la voilà au loin, avec comme d’habitude, un joli sourire sur son visage.

Nous marchons dans une petite rue calme à cette heure matinale … un restaurant fermé, des affiches déchirées. Au bout de cette rue, un café va bientôt ouvrir pour laisser rentrer des hommes qui viennent noyer leur cafard dans un café bien noir.
On allume notre musique… dès le premier son, la magie opère. D’un coup, comme un souffle léger, la musique envahit la rue, la ville se pare de couleurs vives. Nos cœurs battent au rythme des basses. Vert ! Jaune ! Rouge ! Même si l’on s’est quitté la veille, nos esprits grouillent d’idées en tout genre, on a tant de choses à se raconter. Nous n’observons pas toujours ce qui nous entoure.
Dans la grande rue qui mène à la mairie, un vieux mendiant unijambiste marmonne à l’entrée du métro, des collègiens se pressent. On traverse.
Rue piétonne ; des silhouettes de peinture blanche dansent sur la facade grise d’une vieille maison aux fenêtres brisées, à la porte close. Au dernier étage, la statue de Dionysos, oublié, paraît attendre tristement sa démolition. En face, les fruits colorent le trottoir, les murs bariolés de la Maison des Femmes brisent chaleureusement l’uniformité fade de la rue.


On lève nos yeux… devant nous, l’église. Des pigeons roucoulent, tout en rentrant leurs têtes dans leurs plumages, tous ébourifés par le vent frais. A droite de l’église, l’entrée du petit parc, trop souvent fermée. Un escalier de dalles à grimper, une dernière montée !

On se glisse entre la lourde porte de lycée qui se referme sur nous.
